
Ressource AVNIR Engineering
Publié le 4 août 2026, à jour des référentiels et bonnes pratiques en vigueur.
Actualité — Le 28 janvier 2026, un long-courrier bimoteur d’Alaska Airlines a percuté environ huit bernaches du Canada en montée initiale au décollage de Cincinnati. Le rapport préliminaire du NTSB décrit l’ingestion d’oiseaux par les deux moteurs, la défaillance du moteur gauche et l’endommagement du panneau acoustique d’entrée d’air, avant un atterrissage d’urgence sans blessé. L’événement ne concerne pas une verrière, mais il donne la mesure du cas de charge : une bernache du Canada pèse environ 4 kg (NTSB, février 2026).
Une verrière de poste de pilotage doit encaisser un choc à l’oiseau sans être traversée, à la vitesse de croisière de l’appareil. Derrière cette phrase courte se cache l’un des calculs les plus exigeants de la dynamique rapide : un impacteur qui s’écoule comme un fluide, une pression qui culmine en une fraction de milliseconde, un vitrage feuilleté dont chaque couche rompt différemment, et une démonstration qui finit toujours devant un canon à gaz. Cet article détaille l’exigence réglementaire du domaine, la modélisation de l’impacteur, le couplage fluide-structure, l’essai et la corrélation qui rend le modèle défendable.
L’essentiel
- Le choc à l’oiseau est un cas de charge de navigabilité : sur une verrière face aux pilotes, le critère est la non-pénétration à la vitesse de croisière de calcul.
- Les référentiels du domaine fixent le gabarit : 1,8 kg pour CS-25.631, 3,6 kg pour l’empennage selon FAR 25.631, 1 kg pour les giravions lourds selon CS-29.631.
- À 180 m/s, l’oiseau se comporte comme un fluide : on le modélise par un cylindre de substitution à extrémités hémisphériques, de masse volumique voisine de 950 kg/m3.
- La formulation numérique décide de tout : lagrangienne, eulérienne, ALE ou SPH, chacune avec un domaine de validité et un défaut propre.
- Le couplage fluide-structure est indispensable : une pression figée appliquée sur un panneau rigide surestime le chargement.
- La démonstration passe par un essai au canon à gaz, dont le faible nombre de tirs rend la corrélation et le recalage du modèle décisifs.
Le choc à l’oiseau, un cas de charge de navigabilité
Le choc à l’oiseau est le cas de charge qui traduit, dans un dossier de justification, la collision entre un aéronef en vol et un volatile. Il ne relève pas de l’accident exceptionnel : c’est une exigence de conception ordinaire, au même titre que la pressurisation ou la rafale. Bords d’attaque de voilure et d’empennage, entrées d’air, radômes, mâts et surtout verrières de poste de pilotage sont dimensionnés pour l’encaisser sans perte de contrôle.
La logique est celle de la navigabilité : après l’événement, l’équipage doit conserver sa vision vers l’avant, ses commandes et sa capacité à poursuivre le vol jusqu’à un atterrissage. Sur une verrière, cela se traduit par une exigence de non-pénétration : le vitrage peut se fissurer et l’intercalaire se déchirer localement, mais rien ne doit traverser le panneau. Les collisions aviaires sont recensées à l’échelle nationale par les autorités de l’aviation civile, et l’avis publié par la FAA au Federal Register le 20 février 2026 rappelle que cette collecte sert précisément aux constructeurs de cellules et de moteurs à évaluer l’efficacité des composants et à mieux comprendre la dynamique des collisions.
Ce que demandent CS-25.631 et FAR 25.775
Ces deux paragraphes sont les référentiels du domaine pour les avions de transport : ils fixent la masse de l’impacteur, la vitesse d’impact et le résultat attendu. Trois grandeurs suffisent à cadrer une étude.
- La masse d’oiseau. CS-25.631 retient 4 lb, soit 1,8 kg, pour la structure de l’aéronef. Le texte américain FAR 25.631 impose 8 lb, soit 3,6 kg, sur l’empennage. Un même appareil visant les deux autorités doit donc satisfaire deux gabarits d’impacteur distincts. Pour les giravions lourds, CS-29.631 descend à 1 kg.
- La vitesse. FAR 25.775 et son homologue européen imposent, pour les panneaux de verrière situés face aux pilotes, un impact à la vitesse de croisière de calcul Vc au niveau de la mer. Une Vc de 350 nœuds correspond à environ 180 m/s de vitesse relative le long de la trajectoire.
- Le critère de succès. Pour la verrière, il est binaire : pas de pénétration. Pour le reste de la structure, la formulation est celle de la poursuite du vol et de l’atterrissage, ce qui autorise des dommages importants tant qu’ils restent maîtrisés.
Ces valeurs décrivent une enveloppe réglementaire, pas la nature. Une bernache du Canada de 4 kg dépasse le gabarit de 1,8 kg de CS-25.631, et les vols en formation multiplient les impacts simultanés. L’exigence est un socle de conception commun, pas une garantie contre le pire événement observable.
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Modéliser l’oiseau : un impacteur au comportement quasi fluide
L’impacteur retenu en calcul n’est pas un oiseau : c’est un matériau de substitution homogène dont le comportement reproduit celui d’un corps mou à très grande vitesse. Au-delà de quelques dizaines de mètres par seconde, la contrainte d’impact dépasse de plusieurs ordres de grandeur la résistance des tissus biologiques. Le corps perd toute cohésion structurale et s’écoule sur l’obstacle comme un jet de liquide. C’est ce que la littérature d’impact appelle le régime hydrodynamique.
La géométrie de substitution la plus répandue est un cylindre à extrémités hémisphériques, de rapport longueur sur diamètre voisin de 2, à la masse volumique d’environ 950 kg/m3. Le comportement est décrit par une équation d’état qui relie pression et masse volumique, complétée par une résistance déviatorique nulle ou très faible. L’ordre de grandeur de la pression initiale se retrouve sans modèle : le produit de la masse volumique, de la célérité de l’onde de choc et de la vitesse d’impact place le pic autour de 200 MPa à 180 m/s. Cette pression retombe ensuite vers un régime stationnaire, plusieurs fois plus faible, pendant l’écoulement sur la surface.
Lagrangien, eulérien, ALE, SPH : choisir une formulation
La formulation numérique décrit la manière dont le solveur suit la matière au cours du calcul, et ce choix conditionne la validité du résultat bien plus que la finesse du maillage. Quatre familles se partagent le sujet.
| Formulation | Principe | Ce qu’elle apporte sur un impact d’oiseau | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Lagrangienne | Le maillage suit la matière | Simple, économique, contact direct avec la structure | Distorsion extrême des éléments, érosion arbitraire, pas de temps qui s’effondre |
| Eulérienne | La matière traverse un maillage fixe | Aucune distorsion, grandes déformations naturelles | Domaine fluide à mailler en volume, coût élevé, interface diffuse |
| ALE | Le maillage se déplace indépendamment de la matière | Compromis entre les deux, couplage fluide-structure robuste | Réglage du lissage de maillage, sensibilité aux paramètres de couplage |
| SPH | Particules sans maillage | Écoulement et fragmentation représentés sans érosion, contact simple | Sensibilité à la densité de particules et à la longueur de lissage, pression parasite en tension |
L’hydrodynamique des particules lissées, ou SPH, est la méthode particulaire la plus employée sur ce cas de charge. Elle remplace le maillage par un nuage de particules porteuses de la masse, chacune interagissant avec ses voisines à travers une fonction de lissage. Elle sert aussi en simulation d’écoulement pour les écoulements à surface libre, ce qui explique la parenté des outils. Sur un choc à l’oiseau, son intérêt est direct : l’impacteur se déforme sans limite et se fragmente, sans qu’aucun élément ne soit supprimé pour cause de distorsion. Le prix à payer est une sensibilité marquée au nombre de particules, à établir par une étude de convergence.
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Un cas de charge dynamique à modéliser ou à justifier ?
Dynamique rapide, choix de formulation numérique, corrélation calcul/essai et rédaction de la note associée : parlons de votre besoin en calcul et simulation de structure.
Découvrir notre expertise Mécanique Parlons de votre projetLe couplage fluide-structure, cœur du problème
Le couplage fluide-structure désigne l’échange, à chaque pas de temps, entre l’impacteur qui s’écoule et le panneau qui se déforme. Il n’est pas accessoire : la pression appliquée dépend de la déformée de la verrière au même instant, et la déformée dépend de la pression. Appliquer une histoire de pression figée sur une structure rigide surestime systématiquement le chargement, parce qu’une verrière qui fléchit absorbe une part de l’énergie et allonge la durée de l’échange.
Cette durée est courte. Pour un impacteur de 1,8 kg mesurant une vingtaine de centimètres à 180 m/s, la traversée dure de l’ordre de la milliseconde. Le solveur travaille donc en dynamique rapide avec un schéma d’intégration explicite, avec un pas de temps critique gouverné par la taille de la plus petite maille et la célérité des ondes dans le matériau. Une maille de 5 mm dans un vitrage impose des pas de l’ordre de la microseconde, soit des centaines de milliers d’incréments pour la seule phase utile.
La verrière, un empilement feuilleté à modéliser couche par couche
Une verrière d’aéronef est un stratifié, pas une plaque. L’empilement combine des couches structurales et des couches fonctionnelles dont la modélisation ne se simplifie pas sans perte.
- des couches de verre trempé, chimiquement ou thermiquement, de module de Young voisin de 70 GPa, fragiles et sensibles aux défauts de surface ;
- des couches d’acrylique étiré ou de polycarbonate, de module voisin de 2,3 GPa, ductiles et très absorbantes en énergie ;
- des intercalaires souples en polyvinylbutyral ou en polyuréthane, d’épaisseur typique 0,76 mm par pli, qui retiennent les fragments et assurent la non-pénétration une fois le verre rompu ;
- un film conducteur de dégivrage, et un cadre métallique dont l’alliage d’aluminium 2024-T3 présente une limite d’élasticité de l’ordre de 345 MPa.
Un panneau complet dépasse couramment 15 mm d’épaisseur totale. Les mécanismes à représenter sont la rupture fragile du verre, la plastification des couches organiques, le délaminage aux interfaces et le comportement de la fixation périphérique. La raideur du montage compte autant que le panneau : un cadre trop rigide concentre l’effort en bord et déplace le mode de ruine. La sensibilité à la vitesse de déformation est un autre point dur : ces polymères se comportent très différemment à 0,001 s-1 et à plusieurs centaines de s-1, ce qui suppose une caractérisation menée à plusieurs vitesses de sollicitation. Le sujet rejoint celui de la fabrication de pièces composites, où l’anisotropie et les interfaces gouvernent de la même façon la ruine.
L’essai au canon à gaz, référence de la démonstration
L’essai au canon à gaz consiste à propulser l’impacteur de substitution par détente d’air comprimé ou d’azote dans un tube, jusqu’à la vitesse visée, contre le panneau monté sur un bâti représentatif de son installation. La vitesse réelle est mesurée par barrières optiques ou radar juste avant l’impact, la scène est filmée par caméra rapide à plusieurs dizaines de milliers d’images par seconde, et le panneau est instrumenté en jauges de déformation et en capteurs de pression.
Trois précautions font la qualité d’un tel essai : la représentativité du montage, un bâti plus rigide que l’installation réelle faussant la répartition d’effort ; la maîtrise de la température, les propriétés des couches organiques variant fortement entre les conditions rencontrées en altitude, proches de -55 °C, et une exposition au sol pouvant atteindre 70 °C ; le choix du point d’impact, généralement le plus défavorable identifié par le calcul, ce qui rend l’essai et le modèle indissociables. Le développement du banc et de sa chaîne d’instrumentation pèse lourd dans le budget d’une campagne.
Corréler le calcul et l’essai pour justifier
La corrélation repose sur la comparaison de grandeurs mesurables, pas sur une impression visuelle de ressemblance. Les indicateurs usuels sont la flèche maximale au centre du panneau, les histoires de déformation aux jauges, la durée du contact, l’étendue de la zone endommagée et le caractère pénétrant ou non de l’impact. Un écart de 10 à 15 % sur la flèche reste un résultat honorable sur ce type de problème, où la dispersion de l’essai est déjà notable.
Le recalage porte alors sur un nombre limité de paramètres, choisis pour leur sens physique : équation d’état de l’impacteur, seuils de rupture des couches, raideur des liaisons, loi de comportement de l’intercalaire. Un modèle recalé sur un ou deux tirs devient un outil de conception : il balaie points d’impact, angles d’incidence et épaisseurs sans multiplier les essais destructifs. C’est ce transfert de l’essai vers le modèle par éléments finis qui donne sa valeur économique à la démarche.
Les limites d’un calcul de choc à l’oiseau
La première limite tient à l’impacteur lui-même. Un oiseau réel n’est ni homogène, ni isotrope, ni orientable à volonté : il porte un squelette, une densité variable et une géométrie qui dépend de son attitude au contact. Le cylindre de substitution représente une moyenne. La dispersion entre deux tirs nominalement identiques atteint couramment plusieurs pour cent sur la flèche mesurée, et davantage sur l’étendue de l’endommagement. Un calcul qui prétendrait à une précision de 2 % se tromperait sur la nature du problème.
La deuxième limite est numérique. La sensibilité au maillage, ou à la densité de particules en SPH, ne disparaît pas avec le raffinement : elle se déplace. Un modèle non convergé peut se corréler correctement par compensation d’erreurs, puis diverger dès qu’on change de point d’impact. Seule une étude de convergence documentée, sur au moins trois niveaux de discrétisation, distingue une corrélation robuste d’une coïncidence heureuse.
La troisième limite est celle de l’essai. Un tir ne dit rien de la variabilité de production, du vieillissement des intercalaires, de l’effet cumulé des impacts de grêle ou des micro-rayures d’exploitation sur la tenue résiduelle. L’angle mort le plus coûteux reste le point d’impact non testé : la démonstration s’appuie sur un nombre de tirs très réduit, et c’est le modèle, et lui seul, qui couvre le reste de la surface. D’où la règle pratique : plus le nombre d’essais est faible, plus la traçabilité des hypothèses et la qualité de la note de calcul deviennent décisives.
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Un cas de charge dynamique à modéliser ou à justifier ?
Dynamique rapide, choix de formulation numérique, corrélation calcul/essai et rédaction de la note associée : parlons de votre besoin en calcul et simulation de structure.
Découvrir notre expertise Mécanique Parlons de votre projetFAQ : choc à l’oiseau et verrières
Quelle masse d’oiseau faut-il retenir pour dimensionner une verrière ?
CS-25.631 retient une masse de 4 lb, soit 1,8 kg, pour la structure d’un avion de transport, tandis que FAR 25.631 impose 8 lb, soit 3,6 kg, sur l’empennage. Pour les giravions lourds, CS-29.631 descend à 1 kg. Ces valeurs définissent une enveloppe réglementaire, pas le pire cas naturel : une bernache du Canada avoisine 4 kg. Un donneur d’ordre a intérêt à préciser dans sa spécification le référentiel visé et l’autorité de certification concernée.
Pourquoi modélise-t-on l’oiseau comme un fluide et non comme un solide ?
Parce qu’au-delà de quelques dizaines de mètres par seconde, la pression d’impact dépasse de plusieurs ordres de grandeur la résistance des tissus biologiques. Le corps perd toute cohésion et s’écoule sur l’obstacle : c’est le régime hydrodynamique. On utilise donc un matériau de substitution homogène, décrit par une équation d’état pression-densité et une résistance déviatorique quasi nulle, plutôt qu’une loi de comportement de solide.
Comment choisir entre une formulation SPH et une formulation lagrangienne ?
La formulation lagrangienne est plus économique et se couple simplement à la structure, mais ses éléments se distordent au point d’imposer une érosion arbitraire qui fausse le bilan de masse. La SPH, sans maillage, laisse l’impacteur s’écouler et se fragmenter sans suppression d’éléments, au prix d’une sensibilité au nombre de particules. Sur un choc à l’oiseau, la SPH et l’ALE sont les deux choix les plus courants, et le bon réflexe reste l’étude de convergence.
Combien d’essais au canon à gaz faut-il pour démontrer la tenue d’un panneau ?
Le nombre de tirs est toujours très réduit, pour des raisons de coût et de disponibilité des panneaux. C’est précisément ce qui donne son poids au calcul : le modèle couvre les points d’impact, angles et configurations que l’essai ne peut pas balayer. La stratégie usuelle consiste à identifier par le calcul le point le plus défavorable, à le tirer, puis à recaler le modèle sur les grandeurs mesurées avant de l’utiliser en extrapolation.
Est-ce qu’un modèle corrélé sur un tir suffit à justifier une verrière ?
Corréler sur un seul tir expose à une compensation d’erreurs : un modèle non convergé peut reproduire correctement une flèche mesurée, puis diverger dès que le point d’impact change. Une justification défendable associe une étude de convergence documentée, une corrélation sur plusieurs grandeurs indépendantes et une note de calcul traçant les hypothèses. La dispersion propre à l’essai, de plusieurs pour cent, doit y figurer explicitement.
Une structure à dimensionner sous chargement dynamique ?
AVNIR Engineering intervient en assistance technique sur le calcul et la simulation de structure auprès des industriels de l’aéronautique, du spatial et de la défense. Nos ingénieurs modélisent, dimensionnent et justifient structures et équipements embarqués, de l’analyse statique au comportement dynamique. Le travail se poursuit jusqu’à la confrontation du modèle aux mesures d’essai et au recalage qui rend le calcul prédictif, consigné dans une note traçable.
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Sources & références
- NTSB, Aviation Investigation Preliminary Report DCA26LA106 : consulter
- Wikipédia, Hydrodynamique des particules lissées (SPH) : consulter
- Wikipédia, Collision aviaire (risque aviaire) : consulter
- Wikipédia, Navigabilité : consulter
Référentiels cités dans cet article. Liens vers les organismes émetteurs, vérifiés le 4 août 2026.
Nathalie Voisin
Directrice opérationnelle, AVNIR Engineering
Nathalie Voisin est directrice opérationnelle d’AVNIR Engineering, bureau d’études spécialisé en assistance technique pour l’ingénierie mécanique, les matériaux et la compatibilité électromagnétique. Elle pilote les missions confiées par les industriels de l’aéronautique, du spatial et de la défense.